PSA «n’exclut pas» d’entrer, «dans le futur», au capital de son nouveau fiancé américain, GeneralMotors (GM). Lequel s’apprête à prendre 7% du français. L’annonce a été faite, hier, par le patron de Peugeot-Citroën, Philippe Varin, au salon de Genève. Il y défendait son alliance franco- américaine, étrillée par ses concurrents.PhilippeVarin a reconnu que l’échange de participations était «à sens unique» et que le possible achat d’actions GM n’était vraiment pas pour demain, vu les problèmes financiers du groupe : «Ce n’est pas le bonmoment pour nous, on a besoin de cash pour développer nos projets. [Et] cela ne changerait rien au contenu de l’alliance.» Sauf que les détails concrets du partenariat restent encore flous. «Nous sommes encore dans une phase préliminaire», a justifié le directeur des programmes de PSA, Jean- Christophe Quemard.
Cercueil / A Genève, des patrons aussi éminents que Dieter Zetsche (Mercedes), SergioMarchionne (Fiat) ou Carlos Tavares (Renault) se sont dit étonnés que le français et l’américain n’aient rien annoncé concernant un éventuel rapprochement entre PSA etOpel (filiale européenne de GM).Car les deux marques perdent toutes deux de l’argent et souffrent d’usines sous-utilisées sur le Vieux Continent. Une perspective qui fait évidemment frémir les syndicats des deux côtés du Rhin…
«Cette alliance n’a rien à voir avec les restructurations», a martelé Varin, signifiant que chacun devrait faire le sale boulot de son côté. PSA a d’ailleurs enfoncé à Genève un gros clou dans le cercueil de l’usine francilienne d’Aulnay-sous-Bois (Seine- Saint-Denis), déjà menacée de fermeture avant l’alliance.
Le directeur industriel, Denis Martin, a en effet déclaré à Reuters que le problème de «surcapacité» qui «fait tant de mal» au groupe sera «résolu» d’ici «dix-huit mois à deux ans». En ajoutant que la Citroën C3, fabriquée à Aulnay jusqu’en 2014, n’aurait pas forcément de petite soeur…
Philippe Varin a éludé ce sujet brûlant, préférant vanter les mérites de son mariage. Sur le fond, il sera «gagnant-gagnant et équilibré». La preuve : sur le 1,5 milliard d’euros d’économies annuelles escomptées en 2016, il y en aura «plus ou moins» la moitié pour PSA. GM étant le leader mondial, le couple aura un «pouvoir d’achat» sans égal pour faire baisser les prix.
Même si cela ne concernera au départ que les achats administratifs et les «matières premières», en attendant les projets communs.
Car le vrai nerf de la guerre, c’est le partage de «plateformes», c’est-à-dire l’ensemble des éléments techniques, invisibles pour l’automobiliste, qui forment la base d’une gamme de voitures. Avec, à la clé, une grosse baisse des coûts de développement, mais aussi de production, grâce à la hausse des volumes. Un système déjà poussé très loin par Volkswagen et Renault-Nissan.
Ces mastodontes ont même commencé à aller un cran plus loin, en découpant les plateformes en modules.
Chez Renault-Nissan, la voiture sera bientôt découpée en quatre morceaux. Avec la possibilité, pour chacun des alliés, de les utiliser à la carte dans plusieurs modèles de taille et de style différents.
Fierté / PSA et GM vont commencer à travailler sur les citadines, les familiales, les monospaces et les 4x4.
Mais concevoir ensemble, en mettant de côté les divergences techniques et la fierté de chacun, «n’est pas la chose la plus aisée au monde», prévient le numéro 2 de Renault, Carlos Tavares. Et comme il faut environ cinq ans pour concevoir une voiture, tout cela prendra du temps. En attendant d’arriver à des solutions communes, «l’idée, c’est de partager le plus possible », a indiqué Jean Christophe Quemard.
Bref, il faudra patienter pour juger sur pièces: les quatre premiers modèles issus de la coopération sortiront des chaînes qu’à partir de 2016.
YANN PHILIPPIN / LIBERATION (n°9587) Jeudi 08 mars 2012
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