samedi 5 novembre 2011

«quasi iconique» selon Frédéric Banzet

Une voiture «quasi iconique». Le patron de Citroën, Frédéric Banzet, n’y va pas avec le dos de la cuillère pour vanter sa DS5, qui débarque en concessions à la fin du mois. Car l’enjeu est crucial pour la marque et le groupe PSA.
Après le succès de la citadine DS3 et le lancement fin mai de la DS4, cette berline vient coiffer la nouvelle griffe haut de gamme DS.
Avec la folle ambition de tailler des croupières aux rois allemands du premium. Et de redonner, au passage, du grain à moudre aux usines françaises en déclin.

«Lancer ce projet était vraiment osé», reconnaît Banzet. Car les Allemands ont éjecté les Français du marché du luxe,mais aussi des familiales, comme l’illustre la mévente des Renault Laguna ou Citroën C5. «En l’espace de vingt ans, presque tout est parti chez BMW, Mercedes et Audi», explique Gaëtan Toulemonde, analyste à la Deutsche Bank. Et les Allemands s’attaquent désormais aux derniers bastions tricolores, avec des compactes et même des citadines (AudiA1,Mini de BMW).

OFFENSIVE.

Christian Streiff, l’ancien patron de PSA, sonne la contre-attaque en 2008, en pleine crise de l’automobile. Et décide de rassembler trois projets maison au sein d’une gamme de prestige. Elle reprendra le nom DS, l’icône de 1955. Comme l’a fait Volkswagen avec Audi, il s’agit, pour réduire les coûts, de reprendre la base technique des voitures grand public, sans que cela se voie à l’intérieur ni à l’extérieur. «En commençant par les plus petites, là où les spécialistes [allemands] s’apprêtaient à nous faire le plus mal», raconte un cadre.

L’offensive commence en mars 2010 avec la DS3. C’est un carton: 85000 exemplaires écoulés les douze premiers mois au lieu des 55000 attendus. La DS3 talonne même déjà la Mini, jusqu’ici reine incontestée des citadines chic. Surtout, la voiture s’arrache quasiment sans remise,malgré un prix élevé.
«En moyenne, les clients français l’achètent 4000 euros plus cher que la C3», dont elle est dérivée, explique le responsable de la gamme DS, Thomas d’Haussy. Et comme elle ne coûte guère plus à produire, «c’est devenu une vraie vache à lait», salive un ingénieur de PSA.

Sa grande soeur DS5 peut-elle rééditer l’exploit? Avec son look de break de chasse et ses sabres incrustés sur le capot,Citroën a voulu se démarquer des classiques Audi A4 ou Mercedes Classe C. «Même s’ils visent un public au goût plus latin, ça va être dur : ce créneau est le royaume des Allemands», s’inquiète un expert. Attaquer leur «territoire» est «audacieux mais raisonnable », rétorque Frédéric Banzet.

Le patron de Citroën affiche en effet un objectif modeste pour sa DS5 : 40.000 exemplaires en 2012. Au total, les trois modèles DS devraient s’écouler à plus de 150.000 exemplaires en Europe l’an prochain.
C’est très loin des 600.000 Audi, mais plus qu’honorable pour une griffe qui n’aura que trois ans d’existence. Une vraie bouffée d’oxygène pour les usines françaises alors que PSA vient d’annoncer des milliers de suppressions de postes. Car les DS européennes sont fabriquées à Poissy, Mulhouse et Sochaux. Comme un début de réponse aux délocalisations massives qui ont laminé l’emploi.
Car nos constructeurs sont spécialisés dans les petites voitures pas chères dont la production en France n’est pas compétitive, comme le martèle le patron de PSA, Philippe Varin. Résultat : l’usine francilienne d’Aulnay, qui produit laC3, est menacée. Tandis que sa voisine de Poissy assemble sa cousine premium DS3 de manière très profitable.

RÉSEAU.

«L’idée d’une solution à l’allemande, qui a réussi à préserver ses usines grâce au haut de gamme, est difficilement transposable en France, car nos constructeurs restent des généralistes. Les 150.000 DS prévues par PSA ne suffiront pas à compenser sept ans de déclin de la production», nuance le spécialiste Bernard Jullien, coauteur du livre -Industrie automobile, la croisée des chemins-.

Mais PSA a aussi des ambitions mondiales. La DS5 sera en effet vendue dès 2012 en Chine et fabriquée sur place l’année suivante, via un partenariat avec le chinois Changan. La réglementation imposant un réseau de concessionnaires différents pour chaque partenariat, Citroën va en faire une «opportunité» pour tenter de se forger une image sur le plus gros marché mondial du haut de gamme.

«La Chine est le premier pays où il y aura d’autres DS», lance Frédéric Banzet. Le pays aura droit à trois nouveaux modèles: une compacte, un 4x4, et une grande berline qui succédera à la C6, destinée à la Chine et à l’Europe. S’il est risqué, le pari de PSA tranche en tout cas avec l’attentisme de Renault. La marque au losange a gelé ses projets haut de gamme pendant la crise. Résultat: il faudra patienter jusqu’en 2014 pour rouler dans les successeurs de l’Espace et de la Laguna.•

Source : -LIBÉRATION- SAMEDI 5 ET DIMANCHE 6 NOVEMBRE 2011 (n°1105)

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